Un document facturé alors qu’il n’a aucune existence légale : c’est le tour de passe-passe qui piège chaque année des milliers de copropriétaires. Le pré-état daté, pourtant, n’est ni une obligation ni un passage obligé par le syndic. Mieux vaut donc savoir exactement à quoi il sert… et comment éviter les frais superflus.
Pré-état daté : Définition
Le pré-état daté, c’est ce document qui éclaire l’acheteur d’un bien en copropriété sur la situation financière du lot convoité. Contrairement à l’état daté, il n’a aucun caractère obligatoire et le syndic n’a pas à le facturer. Ce n’est pas un caprice de réglementation, c’est la loi qui met une barrière contre les frais injustifiés, au bénéfice de vendeurs comme d’acheteurs.
Avant de signer pour un appartement, il est prudent de se pencher sur les charges, le risque d’impayés et la santé globale de l’immeuble. Depuis 1967, le vendeur doit présenter à l’acheteur une vision fidèle de la situation financière et administrative, tant pour l’immeuble que pour le lot principal. C’est précisément le rôle de l’état daté, qui dresse la liste suivante :
- Les provisions prévues dans le budget prévisionnel de la copropriété ;
- Le montant du fonds de travaux, si ce fonds a été voté et impacte le futur acquéreur ;
- Le total des avances en trésorerie ;
- D’éventuels frais encore impayés.
La loi Alur :
La loi Alur de 2014 a élevé l’état daté au rang d’étape incontournable. L’idée, c’est d’offrir à l’acquéreur toutes les données nécessaires avant l’achat. Vigilance recommandée !
Que doit contenir le pré-état ?
Le tarif de l’état daté est verrouillé par décret depuis février 2020 et, depuis le 1er juin 2020, sa rédaction appartient au syndic, exclusivement. Ne pas confondre : le pré-état daté n’est couvert par aucun texte officiel. Pourtant, de nombreux syndics surfent sur la confusion pour facturer ce document, sans aucun fondement juridique. L’intérêt du pré-état daté, c’est avant tout d’apporter à l’acheteur une vision honnête de la situation financière de la copropriété, rien de plus.
Ce relevé doit être transmis avant la signature du compromis de vente. Il peut d’ailleurs être rédigé par le vendeur, tant que les informations sont exactes et complètes. Il n’est pas question ici de soumettre au syndic une demande d’honoraires pour ce simple document.
L’article 54 de la loi Alur définit précisément le contenu à réunir dans un pré-état daté :
- Les charges générales et spéciales, prévues ou non, pour les deux derniers exercices comptables ;
- Les sommes restant dues par le vendeur, ainsi que celles à la charge de l’acheteur ;
- L’état des retards de paiement ou des fournisseurs non réglés ;
- La part du fonds de travaux liée au lot vendu, quand cela s’applique.
Ces infos figurent en général dans les comptes et les procès-verbaux d’assemblée générale. Pas de modèle unique : il suffit que ces éléments soient clairs et complets pour que le notaire puisse valider le dossier. Le rôle du vendeur, c’est surtout d’être rigoureux et transparent, inutile de payer un professionnel pour collecter ces données basiques.
Facturation du pré-état daté : une pratique illégale !
Certains syndics n’hésitent pas à réclamer des frais pour ce relevé intermédiaire, alors même que la pratique va à l’encontre des règles établies. Une réponse ministérielle publiée en septembre 2015 l’a rappelé explicitement : le pré-état daté ne bénéficie d’aucune existence légale, seul l’état daté officiel entre dans le champ des prestations pouvant être facturées. D’ailleurs, le contrat-type du syndic, ajusté par décret en juillet 2015, liste exhaustivement les services payants, le pré-état n’y apparaît jamais.
Si on vous demande de régler des frais pour ce document, n’hésitez pas à invoquer ces textes pour les contester. Si le manque de transparence s’installe ou si la confiance s’érode, il sera peut-être temps de revoir le mode de gestion de votre copropriété.
Éviter les abus : choisir un syndic coopératif
La multiplication des frais sur le pré-état daté n’est qu’une facette des dérives dans la gestion des biens en copropriété. D’après la loi de 1965, chaque copropriété doit se doter d’un syndic. Ce rôle peut être assumé par un professionnel ou, tout simplement, par les copropriétaires eux-mêmes.
Voici les deux grands types de syndic à envisager pour gérer son immeuble :
- Professionnel : une entreprise spécialisée détient carte professionnelle et garanties. Ce schéma majoritaire implique souvent des prestations secondaires, entraînant une multiplication des frais annexes.
- Syndic non professionnel ou coopératif : la gestion revient à quelques copropriétaires élus. Le président du conseil syndical agit comme syndic, aidé par le reste du conseil qui se répartit les tâches : comptabilité, administration, communication et plus si besoin.
Comment simplifier la gestion d’un syndic coopératif ?
À retenir : Plusieurs solutions, notamment des plateformes en ligne récentes, facilitent aujourd’hui la tâche des syndics bénévoles. Ces services accompagnent au quotidien : gestion administrative, suivi comptable, aide juridique, relances automatiques… Le résultat, ce sont des procédures allégées, moins de risques d’erreur et des économies appréciables pour la copropriété.
Changer de syndic n’est plus réservé aux grosses résidences. L’essentiel, c’est d’en débattre collectivement. Pour une petite copropriété, la gestion coopérative ou bénévole se met souvent en place facilement. Il reste à comparer les offres, organiser le passage de relais puis voter la nouvelle organisation lors de l’assemblée générale.
La question doit figurer à l’ordre du jour, ce qui suppose d’envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception au syndic en place. Une fois la décision votée, selon l’article 25-1 de la loi de 1965, l’élection du nouveau syndic se fait à la majorité absolue, quel que soit son statut. Le syndic précédent a alors un mois pour transmettre dossiers et archives nécessaires au bon fonctionnement de la copropriété.
Privilégier la clarté et refuser les pratiques douteuses, c’est bien plus qu’une vigilance de façade : cela pose les bases d’une gestion plus saine, et pour les habitations concernées, l’ambiance change du tout au tout.

