Achat maison abandonnée en indivision familiale : que dit la loi ?

12 juin 2026

Maison abandonnée en pierre dans la campagne française avec volets délabrés et jardin envahi par la végétation, illustrant l'achat immobilier en indivision familiale

Une maison abandonnée depuis des années, dont personne ne s’occupe, appartient souvent encore à plusieurs héritiers en indivision successorale. Ce régime juridique signifie que le bien est la propriété collective de tous les héritiers, sans qu’aucun ne détienne une part physiquement délimitée. Pour un acheteur extérieur, acquérir ce type de bien suppose de comprendre les règles qui encadrent la vente d’un immeuble indivis, et surtout les blocages qui expliquent pourquoi la maison est restée à l’abandon.

Indivision successorale : un régime transitoire qui peut durer des décennies

L’indivision naît automatiquement au décès du propriétaire, dès lors qu’il existe plusieurs héritiers. Chacun détient une quote-part abstraite (un tiers, un quart) sur l’ensemble du patrimoine successoral, sans pouvoir revendiquer une pièce ou un étage en particulier.

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En théorie, cette situation est temporaire : le partage doit intervenir pour attribuer chaque bien à un héritier précis. En pratique, le partage peut ne jamais avoir lieu. Des héritiers introuvables, un désaccord sur la valeur du bien, un conflit familial ancien, ou simplement l’inertie suffisent à figer la situation pendant des décennies.

C’est précisément ce scénario qui produit les maisons abandonnées en indivision familiale. Le bien se dégrade faute d’entretien, les taxes foncières s’accumulent, et aucun des indivisaires ne prend l’initiative de vendre ou de racheter les parts des autres.

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Famille réunie autour d'une table avec des documents juridiques et des plans immobiliers pour discuter d'un achat de maison en indivision

Vente d’un bien indivis : la règle de l’unanimité et ses exceptions

Le principe posé par le Code civil est clair : la vente d’un bien indivis requiert l’accord de tous les indivisaires. Un seul héritier qui refuse, qui ne répond pas ou qui reste introuvable suffit à bloquer toute transaction.

Ce principe connaît deux exceptions majeures qui intéressent directement l’acquéreur potentiel d’une maison abandonnée.

La majorité des deux tiers (article 815-5-1 du Code civil)

Des indivisaires titulaires d’au moins deux tiers des droits indivis peuvent décider de vendre le bien. La procédure passe par un notaire, qui notifie le projet de vente aux autres indivisaires. Si ceux-ci s’opposent ou ne répondent pas dans un délai fixé, le notaire saisit le tribunal judiciaire, qui peut autoriser la vente.

Ce mécanisme est moins connu que le blocage unanimitaire, mais il existe et fonctionne. Il suppose toutefois d’identifier les indivisaires, de connaître leurs parts respectives, et de respecter un formalisme strict.

L’autorisation judiciaire (article 815-5 du Code civil)

Un indivisaire seul peut demander au juge l’autorisation de passer un acte (y compris une vente) lorsque le refus d’un autre indivisaire met en péril l’intérêt commun. Le juge apprécie au cas par cas. Une maison qui se dégrade, qui génère des charges sans être entretenue, ou qui présente un danger pour le voisinage peut justifier cette autorisation.

Ce critère d’intérêt commun est de plus en plus invoqué devant les tribunaux pour débloquer des successions anciennes où le bien tombe en ruine.

Acquérir une maison abandonnée en indivision : les vérifications préalables

Un acheteur extérieur ne peut pas se contenter de négocier avec un seul héritier. Avant toute offre, plusieurs points doivent être vérifiés.

  • L’identification de tous les indivisaires et de leurs quotes-parts respectives, ce qui nécessite souvent de remonter l’acte de notoriété établi lors de la succession
  • L’existence ou non d’un partage en cours, d’une procédure judiciaire, ou d’une convention d’indivision qui encadre la gestion du bien
  • L’état des taxes foncières et des charges impayées, qui peuvent représenter des sommes conséquentes sur un bien abandonné depuis longtemps
  • La situation cadastrale et urbanistique du bien, car certaines maisons abandonnées peuvent faire l’objet d’un arrêté de péril ou d’une procédure communale

Un notaire spécialisé en droit successoral est le passage obligé pour sécuriser ce type d’acquisition. Acheter la part d’un seul indivisaire ne donne pas la propriété du bien entier, mais seulement une quote-part abstraite, ce qui place l’acquéreur dans la position d’un coindivisaire avec les héritiers restants.

Convention d’indivision et procédure communale : deux leviers méconnus

Deux dispositifs sont régulièrement sous-estimés dans ce type de dossier.

La convention d’indivision comme outil de gestion

Les indivisaires peuvent signer une convention d’indivision devant notaire, pour une durée limitée (souvent renouvelable). Ce document organise la gestion du bien, désigne un mandataire, et peut prévoir les conditions d’une future vente. Dans les familles recomposées ou les successions complexes, cette convention permet d’éviter que le bien reste à l’abandon pendant la durée des négociations.

La procédure d’acquisition communale pour immeuble abandonné

Lorsqu’un immeuble est manifestement abandonné, la commune dispose d’un levier spécifique. La loi ALUR a ouvert la possibilité pour les collectivités d’engager une procédure d’acquisition publique de biens en état d’abandon manifeste. Ce dispositif est distinct de l’indivision successorale classique, mais il peut concerner directement une maison en indivision dont personne ne s’occupe.

Pour un acheteur, cette procédure a une conséquence concrète : si la commune a engagé ou envisage d’engager une telle démarche, le bien peut basculer dans le domaine public. Vérifier l’absence de procédure communale en cours fait partie des précautions à prendre avant de formuler une offre.

Notaire en costume marine examinant un dossier juridique avec des clients dans un bureau notarial traditionnel, dans le cadre d'une succession ou d'un achat en indivision

Loi du 7 avril 2025 sur l’indivision successorale : ce qui change

Une loi récente a modifié plusieurs règles relatives à l’indivision, avec un objectif affiché : faciliter la clôture de successions bloquées depuis longtemps. Les nouvelles dispositions touchent notamment le partage judiciaire et les conditions dans lesquelles un tribunal peut intervenir pour débloquer une indivision.

Cette réforme concerne en premier lieu les héritiers eux-mêmes, mais elle a un impact indirect pour les acheteurs potentiels. Un cadre juridique qui facilite la vente forcée d’un bien indivis augmente mécaniquement le nombre de maisons abandonnées susceptibles de revenir sur le marché.

Le texte prévoit aussi la création d’outils de recensement des biens en déshérence ou en indivision bloquée, ce qui pourrait à terme rendre ces biens plus visibles pour les acquéreurs.

L’achat d’une maison abandonnée en indivision familiale reste une opération juridiquement complexe, où la patience et l’accompagnement notarial comptent autant que le prix de vente. Le cadre légal offre des solutions pour contourner le blocage unanimitaire, mais chaque dossier dépend de la configuration familiale, de l’état du bien et de la volonté des parties. Vérifier la situation successorale complète avant toute démarche reste la seule précaution qui protège réellement l’acquéreur.

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